Femmes : en terme de charge horaire, il vaut mieux être salariée qu’indépendante.


"L’INDÉPENDANCE FAVORISE-T-ELLE L’ARTICULATION TRAVAIL / FAMILLE ? CNAM-CEE, N° 147, avril 2019

Source : Dares, enquête -Conditions de Travail et Risques Psychosociaux; l’enquête repose sur un questionnaire administré en face à face au domicile des enquêté.e.s d’octobre 2015 à juin 2016. Trois sous échantillons composent les 27 700 individus interrogés. Les individus panels correspondent à ceux qui ont participé à l’enquête CT 2013. l’enquête permet d’isoler après nettoyage, un échantillon représentatif de 2 369 indépendant.e.s, et d’y distinguer les hommes (n=1 527) et les femmes (n=842). Le questionnaire permet d’identifier les autoentrepreneur.e.s (n=362), non pris en compte ici.

 

La comparaison indépendante/salariée en ce qui concerne les temps de travail est en défaveur des indépendantes; une analyse qui oublie les motivations positives de nombre d’indépendantes pour le choix fait de ce statut.

 

Une analyse qui montre combien le décalage de culture (choix du salariat comme référence) aboutit à une vision très incomplète en ce qui concerne les indépendants.

 

Si le travail indépendant reste un statut masculin (les femmes représentent 36% des indépendant.e.s en 2015); elles sont de plus en plus nombreuses dans les professions les plus qualifiées comme les professions médicales, les professions juridiques, l’architecture, mais aussi dans les activités montées en entreprise individuelle ou auto-entreprise : artisanat (confection de vêtements ou de bijoux), services administratifs et de soutien ou enseignement.

 

82% des salariés estiment que leurs horaires de travail s’accordent avec leurs engagements sociaux et familiaux en dehors de leur travail, vs 68% pour les indépendant.e.s. Pourquoi cet écart ?

-Un temps de travail nettement plus long chez les indépendant.e.s (50h56 contre 36h21 chez les salarié.e.s), mais 53h01 chez les hommes contre 45h22 chez les femmes, avec une fréquence nettement plus marquée des horaires atypiques (travail le samedi, au petit matin ou durant la nuit).

-Un temps de travail moins prévisible : prévisible pour 84% des salariés contre 62% chez les indépendant.e.s, qui connaissent davantage de dépassements horaire (52% disent travailler tous les jours ou souvent au-delà de l’horaire prévu vs 29% chez les salariés).

-Ajoutons aussi le fait de travailler souvent seul.

 

En termes de travail domestique, 45% des indépendants y consacrent moins de 2 heures/semaine (vs 27 les salariés), et 18% au moins 7 heures (vs 30 les salariés); les femmes par contre y consacrent des temps semblables (55% entre 3 et 9 heures et 42%,10 heures et plus chez les indépendantes vs 55 et 40% chez les salariés). On constate ainsi un renforcement de la division sexuée du travail chez les indépendants.

 

En conclusion, « À l’instar d’autres travaux, cette analyse des conditions de travail des indépendant.e.s rend compte des faux-semblants de l’indépendance. En matière d’articulation des temps, le non-salariat tend plutôt à alourdir les contraintes des travailleur. se.s qu’à leur garantir un plus grand pouvoir sur le temps. Les femmes semblent plus particulièrement aux prises avec un temps de travail allongé (avec une montée des horaires atypiques) et une charge domestique toujours aussi importante, sans réel avantage en matière de flexibilité par rapport aux salariées. Elles sont par ailleurs confrontées à des enjeux économiques accrus, leur rémunération étant plus fortement liée à leur temps de travail que dans le salariat. »

 

Pour en savoir davantage : http://ceet.cnam.fr/publications/connaissance-de-l-emploi/l-independance-favorise-t-elle-l-articulation-travail-famille–1076672.kjsp?RH=1507126380703