Sources : Insee et CMA
L’article permet de comprendre la grande difficulté d’analyser le secteur industriel en ce qui concerne le champ des TPE, d’une part du fait du concept même d’industrie, incluant notamment les métiers d’art sans pouvoir différencier notamment ce qui dans une même activité ressort du métier d’art et d’autre part de statistiques du secteur des Métiers peu comparables et intégrables avec les données Insee, utilisant le concept de fabrication et réparation.
Dans cet article, je m’attache à observer l’industrie en Ile-de-France et son évolution, dans sa globalité et dans sa spécificité en matière de TPE. Je ne développe pas l’approche territoriale fine proposée par la CMA.
Une tentative d’observer l’importance des TPE industrielles.
⇒ Un chiffrement global en 2023
248 394 emplois dans le Grand Paris dont 239 483 salariés ; est-ce à dire que les non-salariés (ne comprenant pas les chefs d’entreprise salariés de leur entreprise) chiffrent 8 911 ?
♦ En termes de produits
Les salariés sont d’abord présents dans l’activité “fabrication d’autres produits industriels”(textile, bois, chimie, produits métalliques et réparation) avec 84 944 (35,5% des salariés de l’industrie), puis dans celle des industries extractives, énergie, eau, gestion des déchets et dépollution” avec 63 869 (26,7%), la fabrication de denrées alimentaires, de boissons avec 39 754 (16,6%), la fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques, fabrication de machines avec 25 776 (10,8%) et la fabrication de matériels de transport avec 24 382 (10,2%).
♦ En termes d’espaces géographiques (départements)
La répartition des emplois industriels est la suivante : 103 410 dans les Hauts-de-Seine (41%), 67 100 à Paris (27%), 47 220 en Seine-Saint-Denis (19%) et 32 200 dans le Val-de-Marne (13%).
Les Hauts-de-Seine sont le département où l’emploi industriel est le plus important (41% des emplois industriels du Grand Paris), alors que Paris affiche 43% de la totalité des emplois du Grand Paris).
♦ 2 remarques qui montrent la difficulté de cerner le véritable flux des emplois industriels :
– Les emplois des sièges sociaux des grandes entreprises industrielles, notamment implantés à Paris et dans les Hauts-de-Seine sont comptabilisés dans les emplois industriels.
– Par contre, les métiers de la fabrication et de la réparation sont aussi exercés dans des établissements classés dans un secteur d’activité autre.
♦ En termes de taille d’entreprise en France selon l’Insee en 2023 (recherche complémentaire Letowski)
En France, l’Insee recense 322 386 entreprises industrielles dont 266 026 de type manufacturier. Les TPE (microentreprises au sens fiscal comprises) comptent pour 90,5% dans l’industrie manufacturière et les PME pour 8,7%. En termes d’emplois salariés EPT l’industrie manufacturière chiffre 2, 935 millions dont 7,9% en TPE, 25,4% en PME et 38,3% en ETI et 28,4% en grandes entreprises.
⇒ En termes de pertes d’emploi selon les groupes d’activités
Globalement, on passe en 1989 de 570 782 à 239 483 en 2023, avec une perte de 58% des emplois.
♦ En termes d’activité
– Perdent peu d’emplois la fabrication de denrées alimentaires, de boissons (-4,8%) avec en 2023, 39 754 des emplois industriels (16,6% de ces emplois) ; les industries extractives, énergie, eau, gestion des déchets et dépollution totalisent 63 869 emplois (27% des salariés industriels) et perdent seulement 5,6% des emplois de cette branche.
– Perdent beaucoup d’emplois : la fabrication de matériels de transport (74% de pertes d’emploi) avec 24 382 emplois (10% des emplois) en 2023, la fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques, fabrication de machines (69% de pertes) avec 25 776 emplois (11% des emplois) et la fabrication d’autres produits industriels (68% de pertes) avec 84 944 emplois (35,5% des emplois).
♦ en termes d’espaces géographiques
En termes d’évolution, Paris est le département qui perd le moins d’emplois industriels (36%) vs entre 41 et 49% les autres départements, alors que les Hauts-de-Seine sont le département qui gagne le plus d’emplois toutes activités (+42% vs Paris +8).
On relève une relative stabilité des effectifs depuis 2012, et une reprise depuis 2018 pour Paris et les départements de la petite couronne (+9% en 2024). Cette reprise est même substantielle dans 2 départements : Paris (+7 300 emplois) et les Hauts-de-Seine (+6 800 emplois)
♦ Un renforcement de spécialisations, c’est-à-dire une plus grande concentration de certaines
activités par rapport à l’Hexagone, s’opère dans les secteurs suivants :
– La fabrication de denrées alimentaires et de boissons, en particulier à Paris (+1 070 emplois entre 1989 et 2023, et +2 830 de 2020 à 2024).
– La fabrication de textiles, les industries de l’habillement, du cuir et de la chaussure, essentiellement à Paris, mais avec un ancrage grandissant dans le département de la Seine-Saint-Denis. Les métiers du secteur de la mode et de la décoration occupent près de 36 000 emplois (dont 23 000 à Paris), une place nettement plus qu’en grande couronne (moins
de 7 000 emplois). Les métiers du secteur du textile et des vêtements regroupent un peu plus de 9 000 emplois contre à peine plus de 2 500 en grande couronne.
– L’industrie chimique (fabrication de parfums et de produits de beauté) et l’industrie pharmaceutique occupent dans les départements du Val-de-Marne et des Hauts-de-Seine.
– Enfin, les activités relevant des autres industries manufacturières (bijouterie, joaillerie, facture instrumentale, jeux et jouets…) sont plus présentes que dans l’ensemble du territoire national, spécialement à Paris et dans le Val-de-Marne.
– La fabrication de produits informatiques, électroniques, optiques, ainsi qu’à la fabrication de
matériels de transports.
⇒ L’artisanat “industriel”
Une autre approche permet d’observer les activités “industrielles” des TPE, celle d’observer les activités de fabrication et de réparation qui totalisent 163 000 emplois, notamment avec les ouvriers d’art, les artisans d’art et les autres artisans (horlogers, canneurs, micro-mécaniciens, empailleurs, vanniers…).
Parmi les 47 549 artisans-chefs d’entreprise répertoriés par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat à l’échelle de Métropole du Grand Paris, 38 471 ont été retenus pour l’analyse. Sur 18 secteurs d’activités répertoriés, 4 regroupent 58% des emplois. Il s’agit du bâtiment avec phase d’usinage, des laboratoires alimentaires, du textile-cuir-habillement, et de la réparation d’objets domestiques.
♦ Je propose de différencier ce qui est un artisanat plutôt tourné vers les consommateurs d’un artisanat plutôt à caractère industriel (plutôt de type sous-traitance ou fabrication pour l’industrie), le 1ergroupe comportant plus de femmes chefs d’entreprise, d’exercice à domicile et souvent seul. Cette répartition sous-estime toutefois l’importance “industrielle” dans la mesure où certaines activités classées plutôt en direction des consommateurs peut intégrer des activités réellement industrielles.
♦ En termes de profil
– 31,5% des artisans sont des femmes.
L’analyse par tranche d’âge permet d’établir que les métiers occupés en majorité par des hommes le restent quel que soit l’âge entre 1989 et 2023, tandis que le % de femmes chefs d’entreprise augmente nettement (de 45 à 77%). 44% des femmes chefs d’entreprise de moins de 30 ans sont des femmes, vs 27% pour ceux de 60 ans et plus.
Les femmes sont plus présentes dans 5 grands secteurs d’activités : textile, bijouterie, création d’objets de décoration, parfumerie-hygiène-cosmétique, travail du verre, où elles représentent plus de 50% des artisans.
– Les artisans “industriels” sont globalement plus âgés que l’ensemble des artisans, commerçants et chefs d’entreprise tous secteurs confondus (18,2% de plus de 60 ans contre 13,4%).
On observe un vieillissement dans plusieurs secteurs d’activité : métal, imprimerie, lutherie, fabrication de matériaux de construction, où plus de 30% des chefs d’entreprise ont 60 ans et plus.
♦ Les m² dévolus à l’artisanat et leurs évolutions
Au total, 989 000 m² de surfaces de plancher de locaux artisanaux ou industriels ont disparu entre 2013 et 2024 dans la métropole du Grand Paris. Les mutations issues de ces surfaces disparues ont donné lieu à des projets qui ont produit des logements (42% des surfaces), des bureaux (29%), des commerces (10%), des équipements publics (7%), des entrepôts (5%) et des surfaces d’hébergement hôtelier (3%).
Des surfaces d’artisanat et d’industrie ont été aussi (re) créées (117 000 m²), faisant partie d’une usine). Ces surfaces représentent 298 000 m² qui s’additionnent à 989 000 m² dans le cadre de ces transformations (1,3 million de m²).
♦ Entre 2013 et 2024, le solde en m² de surfaces occupées en créations-disparitions est négatif pour l’artisanat (-18 600M², 381190 m² avec crée ou recrée et 399 780 disparus, dont 119 020 m² à Paris), alors que dans 3 territoires l’artisanat se renforce : Grand-Orly Seine Bièvre (+59 400 m²), Paris Terres d’Envol (+30 300 m²) et Boucle Nord de Seine (+16 300 m2).
L’industrie gagne 521 000 M² (1 154 590m² crées ou recrées et 633 450m² disparus)
L’entreposage gagnent 555 100 m² (1 470 090 créés ou recrées, et 920 970 disparus), en particulier à Paris
⇒ Focus sur les métiers d’art
– L’appellation « métiers d’art » est définie par une liste fixée par arrêté de puis le 24 décembre 2015, en vigueur depuis le 31 janvier 2016 81. 198 métiers. 57% relèvent de l’industrie manufacturière ou du bâtiment. 97% sont des TPE.
l’Île-de-France comporte regroupe 48 000 entreprises accueillant des métiers d’art (20,5% du total national). À ces entreprises correspondent environ 49 300 salariés (17,5% du total national) et 15 Mds € de chiffre d’affaires (22%).
– La filière la plus représentée en Île-de-France est celle de l’ameublement et de la décoration, avec 20% des entreprises. Les filières de la mode et des accessoires, de la restauration du patrimoine, des arts graphiques et beaux-arts représentent chacune environ 10% des entreprises. l’Île-de-France accueille 38% des entreprises spécialisées dans le packaging, 27% de celles spécialisées dans les cosmétiques et la beauté,
– 51% ont entre 11 et 50 ans d’ancienneté. 44% de leurs dirigeants ont plus de 55 ans. 59% sont des femmes et 37% ont connu un parcours de reconversion professionnelle.
– La moitié ont un chiffre d’affaires inférieur à 50 000€ (dont 21% un chiffre d’affaires inférieur à 15 000€). Pour 72%, ce chiffre d’affaires provient à plus de 75% de l’activité de production et de restauration de leur entreprise (à distinguer de la sous-traitance et du négoce, entre autres). Dans 52%, il provient majoritairement d’une clientèle de particuliers, et dans 34%, d’une clientèle de professionnels ; 58% ont une clientèle régionale et 32% nationale ; 56% ne réalisent aucun chiffre d’affaires à l’export.
– Seuls 8% produisent en grande série, alors que 68% produisent pour l’essentiel leurs propres créations, tandis que 22% d’entre elles réalisent majoritairement des produits sur mesure ou sur commande.
– 47% n’ont recruté aucun salarié durant l’année 2023, et 85% n’ont aucune intention de le faire en 2024
– 34% des dirigeants de 55 ans et plus ne souhaitent pas céder leur entreprise lors de leur départ à la retraite, mais 52% l’envisagent sans avoir pour autant engagé de démarches.
⇒ Une action de la ville de Paris
La Ville de Paris a mis en place en 2017 le label « Fabriqué à Paris », dont l’objectif affiché est de « promouvoir la diversité et la richesse de la fabrication parisienne », avec une attention portée au caractère local des processus de fabrication et/ou transformation.
4 catégories sont représentées : l’artisanat alimentaire (pain, miel, chocolat, bière…), le secteur de la mode et accessoires (vêtements, bijoux, chaussures, sacs…), les produits manufacturés (cosmétiques, contenants, papeterie…) et l’univers de la maison (vases, tapis, coussins, mobilier…).
Le label a récompensé 2 500 produits et leurs 1 357 fabricants depuis sa création ; la labellisation est valable pour un an. La répartition des lauréats du label Fabriqué à Paris par catégorie en 2024 : mode et accessoires (45%), univers de la maison (21%), produits manufacturés (21%) et artisanat alimentaire (13%).
Pour en savoir davantage : https://www.apur.org/fr/economie-emploi/fabrication-economie-sociale-solidaire/fabriquer-grand-paris