Le bénévolat, une pratique en nette hausse.


"LE BÉNÉVOLAT EN FRANCE EN 2017 ÉTAT DES LIEUX ET TENDANCES", CSA-CRA-La Fonda, octobre 2018

Méthodologie : recherche dirigée par Lionel Prouteau, laboratoire d’économie et de management de Nantes-Atlantique – Université de Nantes et Centre de recherche sur les associations.

L’échantillon porte sur la population métropolitaine de 18 ans et au-delà. Il comporte 5 039 individus, interrogé en face à face. Il a été constitué par l’Institut CSA selon la méthode des quotas sur la base des caractéristiques suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, niveau de diplôme, région de résidence et catégorie d’agglomération.  

 

Si la participation au bénévolat n’est pas et de loin une modalité entrepreneuriale pour ceux qui y participent peu, n’en est-il pas autrement pour la minorité qui y est fort impliquée ? N’est-il pas un vivier pour l’appui aux dirigeants, notamment en création et de TPE ?

 

⇒ La fréquence du phénomène bénévolat

 

Le taux de participation bénévole global (tous domaines d’activité confondus) estimé à partir de l’enquête est de 43% (un peu moins de 22 millions de bénévoles de 18 ans et plus).

Parmi les Français, 35% des personnes déclarent pratiquer le bénévolat en tant que membres de leurs associations et 15% le font, soit en association mais sans être adhérents, soit dans des organismes non associatifs. Près d’un bénévole sur six cumule ces deux modalités de participation.

Plus de 90% des bénévoles exercent leurs activités dans une association, qu’ils en soient membres ou non, et près d’un sur dix le fait dans un organisme non associatif, certains d’entre eux pratiquant dans les deux cadres. 67% des bénévoles ne déclarent qu’une participation à une association, 21% en déclarent deux et 12% trois ou davantage.

 

Par domaine d’activité, les participations bénévoles sont d’abord le fait de la défense de droits, de causes et d’intérêts (23%), puis  celui de l’action sociale et caritative (20%) et, par ordre décroissant, les loisirs (17%), le sport (17%) et la culture (12%); l’éducation et la formation (5%), la santé (3%) et le développement économique local (1%) connaissent les participations les plus faibles. (le total est supérieur à 100 dans la mesure où une même personne peut s’impliquer dans plusieurs domaines).

 

En termes de fréquence, 48% disent participer régulièrement (59% pour les adhérents à une association vs 19% pour les autres), et 52% occasionnellement (40% pour les adhérents et 80% pour les autres).

Les participations régulières sont majoritaires dans le développement local (66%), dans l’éducation-formation (57%), dans le sport (53%), dans la santé (52%) et dans l’action sociale et caritative (51%), alors que les participations occasionnelles sont davantage localisée dans la culture (45%) et les loisirs (40%). 

45% des participations ont au moins 5 ans d’ancienneté (dont 27%, 10 ans et plus), 40% de un à 5 ans et 16% moins d’un an. C’est dans le sport qu’elle est la plus élevée et dans l’action sociale et caritative ainsi que dans la santé qu’elle l’est le moins.

 

29% des adhérents associatifs indiquent qu’ils exercent des responsabilités dans une ou plusieurs associations, dont 17% comme membres d’un bureau et  5% comme président. Chez les présidents, on observe une surreprésentation des hommes, des seniors, mais aussi des cadres supérieurs et des indépendants non agricoles.

 

Tandis que la pratique du bénévolat dans les domaines de l’action sociale et caritative, de la santé, de l’éducation mais aussi de la défense de droits, de causes et d’intérêts est plus fréquente dans les grands centres urbains, c’est dans les zones rurales qu’elle est la plus probable s’agissant du domaine des loisirs. 

 

⇒ Selon le profil du bénévole

 

L’ancienneté est croissante avec l’âge; elle est plus élevée chez les hommes que chez les femmes, chez les agriculteurs et les indépendants non agricoles comparativement aux ouvriers.

Les moins de 25 ans sont très présents dans le sport, les 55-75 ans dans l’action caritative et sociale, dans la défense des droits, causes et intérêts.

Les moins de 45 ans pratiquent davantage un bénévolat irrégulier, à l’opposé des 55-77 ans et plus. 

Sous l’angle des catégories socioprofessionnelles, les agriculteurs se signalent par une propension plus élevée à pratiquer occasionnellement, alors que les professions intermédiaires et les cadres font état d’une participation régulière. .

 

Les écarts entre hommes et femmes sont surtout sensibles dans le sport (hommes 14% et femmes 6%); les hommes pratiquent toutefois davantage le bénévolat que les femmes.

 

Plus le niveau de diplôme est élevé, plus le bénévolat est fréquent (55% les diplômés du supérieur, 46% le niveau bac, 36% celui du CAP et des sans diplôme).

L’usage des technologies numériques (Internet et réseaux sociaux) à des fins telles que s’informer sur des questions politiques ou de société, communiquer son opinion, signer des pétitions, participer à des campagnes de dons en ligne, produire des contenus en ligne, est associé à une plus forte probabilité de pratiquer le bénévolat.

 

Noter que la propension à participer au bénévolat est plus forte chez celles et ceux qui, lorsqu’ils étaient adolescents, avaient un parent au moins bénévole (59% vs 37). 

 

Le poids du bénévolat en termes d’EQTP :  entre 1 320 000 et 1 460 000 emplois 

L’étude pose que ’hypothèse que « l’année bénévole » dure en moyenne 9 mois pour une participation déclarée comme régulière.

 

Sur la base du SMIC, la « valeur monétaire » du bénévolat est d’environ 26 à 29 Md€ selon la variante d’estimation, soit 1,2 à 1,3 % du PIB.

 

Le  nombre d’emplois plein temps est évalué à 1,3 million en 2017 ( vs 519 000 en 2002).

 

Par domaine d’activité, c’est l’action sociale et caritative qui occupe la première place, avec plus du quart de ce volume (28% ou 95 hres en moyenne par bénévole), puis le sport (20% ou 81 hres), la défense de droits, de causes et d’intérêts (18% ou 53 hres); les domaines d’activité à caractère récréatif (sport, culture et loisirs) mobilisent à eux trois 43% du volume total du temps donné et 60 à 81 heures. Le développement local est très gourmand en temps moyen passé (80 hres).

 

La durée moyenne annuelle d’une participation bénévole est de 68 à 75 heures. Mais environ le quart des participations les plus faibles ont une durée maximum de 6 heures par an; la moitié des participations ont une durée de 24 à 27 heures tout au plus tandis que 11 à 13% ont des durées supérieures à 144 heures. Les plus impliqués totalisent 52% des heures.

Les durées annuelles consacrées aux participations régulières sont 6 à 7 fois plus élevées que celles des participations occasionnelles (13 à 16% des heures de bénévolat).

 

Les moins de 55 ans ont des durées moyennes entre 75 et 87 heures, les 55-64 ans 127 hres et les 65-74 ans 146 hres. 

Les actifs offrent 82 hres, les étudiants 90 hres, les chômeurs 96 hres, les autres inactifs 124 hres et les retraités 139 hres. 

 

34% (les plus gros contributeurs) sont à l’origine de 82% des heures de bénévolat tandis que l’apport des plus faibles (36%) n’en représente qu’entre 2 et 3%.

Parmi les plus gros contributeurs, les hommes sont mieux représentés que les femmes et les seniors que les plus jeunes. Les bénévoles sans enfants au foyer le sont plus que ceux qui en ont et les retraités davantage que les actifs en emploi. Mais si le volume de bénévolat des seniors est très conséquent dans l’action sociale et caritative (60% du travail bénévole), leur contribution est beaucoup plus modeste dans le sport (un tiers du volume).

 

Car si le taux de participation calculé sur la population de 18 ans et plus est de 43% en 2017, ce sont seulement 11% de la population de référence qui offrent près des trois quarts du travail bénévole et moins de 15 % qui en apportent de 83 % à 84 % si l’on considère le tiers des bénévoles les plus impliqués

Les dirigeants sont plus souvent pluri-participants, ce qui accroît les durées globales qu’ils consacrent au bénévolat.

 

⇒ Une comparaison avec l’enquête 2002 : une nette hausse (de 28 à 43%)

 

Le taux de participation bénévole estimé par l’enquête Vie associative 2002 de l’Insee était de 28% (environ 12,5 millions de participants de 18 ans et plus). Celui estimé par l’enquête CRA – CSA 2017 est de 43% (un peu moins de 22 millions de bénévoles). L’enquête Drees-BVA 2010 parvenait à un taux de participation de près de 32% soit environ 16 millions de bénévoles.

 

Cette différence s’explique notamment par une participation au bénévolat d’action sociale et caritative substantiellement plus élevée dans l’enquête de 2017 que dans celle de 2002, le taux de participation le concernant passant de 4 à 11%. Les taux de participation aux autres domaines ont également augmenté, sauf le bénévolat sportif et culturel qui ont un peu fléchi ; le bénévolat de défense de droits, de causes et d’intérêts a plus nettement diminué même si elle demeure la plus importante.

L’enquête 2017 conduit à estimer un nombre de bénévoles supérieur à celui de l’enquête de 2002. Dans le même temps elle conclut à une part plus grande de pluri-participants. Ces deux résultats se combinent pour aboutir à un nombre de participations nettement plus important en 2017. Il est le double de celui calculé pour 2002.

 

En 2002, 4 participations bénévoles sur 10 étaient déclarées comme régulières. En 2017, c’est près de la moitié (48 %). Cette augmentation est générale mais d’ampleur inégale selon les domaines : forte dans le sport elle est plus faible dans la défense des droits, de causes et d’intérêts et encore plus limitée dans les loisirs. Parallèlement, la part des adhérents qui rendent des services bénévoles dans leurs associations est également plus forte en 2017 qu’en 2002 (58% contre 41%).

 

En 2002, 84% des bénévoles pratiquaient exclusivement en associations, 10% uniquement dans des organismes non associatifs et 6% dans les deux types d’organisation. En 2017, ils sont respectivement 88%, 5% et 4%. Le bénévolat associatif en tant que non-adhérent  concerne 27% des bénévoles en 2017 (vs 14% en 2002). 

 

Alors que l’enquête de 2002 concluait à une plus forte participation bénévole des habitants des zones rurales et des petites unités urbaines, celle de 2017 suggère au contraire que c’est dans les grandes agglomérations que cette participation est la plus élevée, hormis pour le bénévolat des domaines des loisirs, du sport et de la culture.

 

Le temps moyen par bénévole calculé à partir de l’enquête de l’Insee de 2002 était dans la variante « basse » d’estimation de 68 heures. L’enquête CRA-CSA 2017 conduit à une durée moyenne estimée de 100 heures. Par rapport à 2002, l’écart des contributions entre les seniors (aux durées bénévoles supérieures) et les plus jeunes s’accroît en 2017 tout comme celui entre les inactifs (plus gros contributeurs) et les actifs.

En 2002 comme en 2017, une forte concentration du volume du bénévolat sur un nombre limité de bénévoles.

Un quart des bénévoles donnent tout au plus 8 à 9 heures par an en 2002 et 9  à 10 heures en 2017. Dans le même temps, le quart des plus gros contributeurs donnent entre 73 et 96 heures annuelles en 2002 et entre 136 et 144 heures en 2017. Mais leurs contributions représentent les trois quarts du volume total du bénévolat en 2002 et de 70 à 72% en 2002. La concentration de l’offre de bénévolat est donc bien un constat robuste et une situation durable.

 

Toutefois, s’agissant de ces profils, la participation bénévole demeure positivement associée à la pratique parentale antérieure du bénévolat de même, du moins dans certains domaines, qu’à une pratique religieuse assidue.

La détention d’un diplôme de l’enseignement supérieur est, dans les deux enquêtes, très favorable à l’exercice du bénévolat.

La différence entre la propension des hommes à être bénévoles et celle des femmes est toujours défavorable aux secondes au niveau global mais elle est néanmoins plus réduite dans l’enquête de 2017 et une nouvelle fois attribuable particulièrement au bénévolat sportif. 

En 2017 les bénévoles sont en moyenne plus âgés qu’ils ne l’étaient en 2002 (bénévoles exerçant régulièrement).

 

En guise de conclusion, l’évaluation du nombre d’emplois est passe de 519 000 en 2002 à 1,3 million en 2017; les hausses ont été particulièrement fortes dans les domaines « social-caritatif-santé et éducation -formation :