Les sociétés informatiques : le poids des groupes et de l’export.


"Les sociétés de services informatiques sont toujours en vive expansion " Insee Première N°1713, octobre 2018

Sources : le dispositif d’élaboration des statistiques annuelles d’entreprise (Ésane), les DADS,  le système d’information sur les liaisons financières (Lifi)…cumulant des données pour 2016, voire 2015.

Les services informatiques correspondent, dans cette étude, aux activités de programmation informatique (poste 6201 de la nomenclature NAF rév. 2), de conseil informatique (poste 6202), de gestion d’installation informatique (6203) et aux autres activités informatiques (6209), mais pas à l’édition de logiciels standards (poste 5829).

 

L’étude ne chiffre pas dans cette publication le nombre d’entreprises ou d’unités légales de ce secteur. Recherchant des données au sein de l’INSEE, les « Tableaux de L’Economie Française, édition 2017 » donnent 156 000 unités légales pour le secteur information/communication (dont les activités informatiques qui n’y sont pas les seules); 60% sont en société; 79% sont le fait de sans salarié, 16% d’entreprises de 1 à 9 salariés et 5% celles de 10 salariés et plus. Par contre les 690 700 salariés chiffrés en 2013 se répartissent entre 40% dans les grandes entreprises, 27% dans les ETI, 24% dans les PME et 9% dans les TPE.

Par ailleurs les données chiffrées reposant largement sur l’activité des groupes incluent les prestations fournies entre filiales, notamment à l’export, sans que l’on puisse différencier clairement ce qui ressort de ventes hors groupes, des ventes au sein des groupes.

Ce travail rend peu compte de la myriade de TPE, notamment autoentrepreneurs (en moyenne chaque année plus de la moitié des créations de ce secteur).

 

La lecture de l’étude montre combien il est difficile de saisir ce secteur d’activité en forte évolution, largement impliqué dans l’export, dans un service intra-filiales, avec une présence habituelle au sein des entreprises clientes, alors que nombre de clients ont par ailleurs leur propre service informatique.

 

Le chiffre d’affaire du secteur et sa répartition

 

Un chiffre d’affaires de 61,7Md€ en 2016 et une valeur ajoutée qui s’accroît +3,6% par an en valeur entre 2000 et 2016.

Le taux de marge du secteur est de 15% (vs 24% pour l’ensemble du secteur tertiaire marchand non financier), du fait notamment du coût d’une main d’œuvre très qualifiée. 

 

Les 2/3 du chiffre d’affaires du secteur sont réalisés par des unités légales spécialisées dans le conseil informatique (la plupart d’entre eux travaillent le plus souvent en tant que prestataires chez le client) et le tiers restant dans des unités liées à la programmation ou la gestion d’installations informatiques.

Si les unités légales du secteur vendent 93% des prestations informatiques, aux cotés des entreprises dont l’objet premier n’est pas l’informatique, rappelons que certaines prestations ne donnent pas lieu à facturation (prestation pour « compte propre ») ne sont pas recensées.

 

La pratique de la sous-traitance confiée est fréquente avec 13,1Md€ (23% du chiffre d’affaires du secteur vs 9% pour le tertiaire marchand non financier), un taux qui varie peu en fonction de la catégorie d’entreprises.

Par ailleurs, 75% des unités légales externalisent tout ou partie de leurs activités en France ou à l’étranger (vs 56% pour l’ensemble du secteur tertiaire marchand non financier); les microentreprises confient moins fréquemment (68%) de la sous-traitance que les entreprises de plus grande taille (90%). 

 

L’activité exportatrice (8,9Mds, 37% de plus qu’en 2011) se concentre sur peu d’unités légales. 12% d’entre elles exportent en 2016 (vs 6% pour l’ensemble du secteur tertiaire marchand non financier), à savoir 9% pour les microentreprises, 47% pour les PME et les ETI et 49% pour les grandes entreprises.

 

L’importance des groupes

 

Les groupes jouent un rôle prépondérant avec 5 300 filiales (84% du chiffre d’affaires incluant les échanges intra-groupes) et 81% des effectifs. Les 20 principaux pôles informatiques totalisent 38% du chiffre d’affaires du secteur et 31% des effectifs. 16% sont par ailleurs des entreprises indépendantes.

Au sein des groupes,58% du chiffre d’affaires des unités légales du secteur provient de filiales informatiques de groupes spécialisés dans cette activité (38% sont le fait de groupes Français, 20% de groupes étrangers). Dans ces groupes, l’informatique représente en moyenne 80% du chiffre d’affaires et mobilise près de 87% des salariés.

Mais 26% des ventes du secteur sont aussi réalisées par des unités légales de groupes dont ce n’est pas le cœur de métier (dont 8 % pour les groupes financiers); l’informatique y représente moins de 2% du chiffre d’affaires et le pôle informatique réalise la majeure partie de ses ventes (60%)à l’intérieur du groupe (groupes bancaires notamment) .

 

Les groupes sous contrôle français réalisent 60% du chiffre d’affaires (vs 44% en 2008), une progression au détriment des groupes étrangers, mais aussi des entreprises indépendantes françaises. En 2015, les groupes français contrôlent près de 1100 filiales à l’étranger à savoir 290 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 30,7Mds, dont 5,1Mds de ventes à d’autres filiales du même groupe. 84% de ces ventes sont opérées par des filiales de grandes entreprises.

 

L’activité de ces filiales croit de 48% entre 2011 et 2015 et leur effectif salarié de 44% (implantation dans l’Union européenne, notamment au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas, mais aussi aux USA, en Inde).

L’UE concentre 62% du chiffre d’affaires et 41% des effectifs salariés de ces filiales. Hors UE, les filiales installées aux États-Unis réalisent le chiffre d’affaires le plus élevé (18% du total des filiales étrangères). 

Par ailleurs 107 000 salariés (+128% par rapport à 2011) sont employés en Inde dans ces filiales (37% des effectifs des filiales étrangères). 80% de l’activité est destinée à d’autres filiales du groupe. Au total, 26% des flux commerciaux intra-groupes de l’ensemble des filiales étrangères des groupes français informatiques proviennent d’Inde.

 

Les groupes étrangers détenant des filiales informatiques en France sont principalement originaires de l’Union européenne (7,7Mds), devant les États-Unis (4,9Mds). 

L’emploi dans le secteur informatique

 

*En 2016, le secteur de la programmation, du conseil et des autres activités informatiques sur mesure emploie 370 000 salariés

En 2015, 41% des emplois d’informaticiens, et notamment 48% des emplois de cadres, sont rémunérés par le secteur des services informatiques à façon. Toutefois, la plupart d’entre eux travaillent le plus souvent en tant que prestataires sur place pour des clients non informaticiens. Les autres emplois sont intégrés dans  le secteur des activités techniques, de conseil et de soutien (17% des emplois d’informaticiens), l’industrie manufacturière (7%) et le commerce(6%).

 

*Les cadres constituent 75% des effectifs (vs 18% en moyenne pour le tertiaire principalement marchand); les autres postes sont le fait de techniciens (17%) et d’employés (8%).

Les hommes représentent 75% des effectifs du secteur, une proportion relativement stable depuis 2009. 42% des femmes vs 17% des hommes n’y ont pas un emploi de type informatique.

 

La hausse des ventes stimule l’emploi salarié : celui-ci s’accroît de 6,6% au premier trimestre 2018 par rapport au premier trimestre 2017 (vs+ 1,8% pour l’ensemble du secteur marchand).

Ce niveau élevé de recrutements traduit non seulement la vitalité de l’activité informatique, mais également des tensions pour garder les collaborateurs. Ce mouvement s’accompagne d’une hausse de la part des contrats à durée indéterminée dans les nouvelles embauches : plus de 72% au premier trimestre 2018, le niveau le plus élevé depuis 2000.

 

En 2015, la part des effectifs du secteur dans l’ensemble des emplois du tertiaire principalement marchand est la plus élevée en Île-de-France : 5,1%, contre 2,8% en moyenne. Ainsi, 53% des emplois du secteur y sont concentrés (58% en 2009), une forte proportion, semblable à celles de quelques autres activités de services aux entreprises comme la production et la diffusion audiovisuelles (cinéma,télévision).  Ce type d’emploi est plus dynamique en Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Pays-de-la-Loire.

 

⇒ Le positionnement au sein de l’UE

 

En 2015, la France génère 10% du chiffre d’affaires du secteur des services informatiques au sein de l’Union européenne (UE) et emploie 11% des effectifs. L’Allemagne et le Royaume-Uni sont les deux acteurs dominants, totalisant 42% des ventes et 39% des effectifs de l’UE.

À la suite de la crise, le taux de marge des entreprises s’est replié dans les principaux pays et n’a pas encore retrouvé son niveau précédent, malgré une forte hausse de la valeur ajoutée entre 2007 et 2015, notamment en France (+ 55%) et en Allemagne (+ 74%).