Si une majorité des Français sont las de notre vie politique, ils n’en sont pas moins fiers d’être Français.


"Barométre de la confiance politique, vague 10", Cevipof, janvier 2019

Méthodologie : échantillon de 2 116 personnes inscrites sur les listes électorales issu d’un échantillon de 2 251 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus,  interrogé en ligne sur système Cawi entre le13 et le 24 décembre 2018.
L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, après stratification par région de résidence et taille de commune.

Les résultats de ce sondage doivent être lus en tenant compte des marges d’incertitude :1à 2,2 points au plus pour un échantillon de 2000 répondants.

 

⇒ Un constat de départ

 

*72% sont fiers d’être Français (dont 26 tout à fait), sans grand changement depuis 2013.

*36% se sentent seulement Français, 31% plus Français qu’Européen, 31% autant Européen que Français.

 

39% ont le sentiment d’appartenir d’abord à la France (39%), puis là où ils habitent (23%), leur région/département (18%), au-delà (17% dont le monde 11 et l’Europe 6)

*Que la France appartienne à l’Europe, c’est une bonne chose (40%) ni bonne, ni mauvaise (32) et une mauvaise chose (26). 42% se considèrent europhiles, 23% eurosceptiques et 13% indécis

*Les peurs du fait de la construction Européenne : moins de protection sociale (70%), plus de chômage (69), plus d’immigrés (61), perte de notre identité nationale et culture (58)

 

⇒ Le « moral » actuel et la relation à eux-mêmes et aux autres

 

La note dominante est la lassitude (32%, +7 points au regard de fin 2016), la morosité (31%, +8 points), la méfiance (29%, +4 points) , voire la peur (13%, +5 points), alors que les attitudes « positives », sont à la baisse, sérénité (17% -2 points), bien-être (14% -3 points), confiance (11%, -6 points), enthousiasme (9%, idem en 2016).

60% (dont 31 tout à fait) disent soutenir le mouvement des gilets jaunes, parce que pour 72%, il porte les revendications de nombreux Français; c’est une forme du renouvellement de la démocratie (62%).

 

Des événements connus ces dernières années ont conduit à avoir confiance dans l’avenir (au global 39%, +3 points) : ce sont notamment des événements familiaux (27%), des événements politiques (24% dont 11 l’élection d’E Macron), des événements liés au travail et aux études (15%).

 

Les Français font d’abord confiance à leur famille (93% dont très 68), et aux gens qu’ils connaissent personnellement (92% dont très 48). ils font moins confiance à leurs voisins (53% dont très 18), à des personnes d’autre nationalité (62% dont très 16), à des personnes d’opinion religieuse différente (59% dont très 16), nettement moins aux personnes rencontrées pour la 1ere fois (41% dont très 3); ces chiffres sont très proches de fin 2016.

30% estiment que l’on peut faire confiance aux gens, alors que 68% pensent que l’on est jamais assez prudent en ce domaine. Ceci étant, 60% affirment que la plupart des gens font leur possible pour se conduire correctement contre 37% le fait que la plupart des gens cherchent à tirer profit de vous.

 

47% disent avoir une bonne image d’eux-mêmes (dont très 5), et sont toujours optimistes quant à leur avenir (34% dont très 4); 48% disent avoir liberté et contrôle sur leur avenir (dont 10% très, mais en baisse au regard de la moyenne 2009-2016 de 53%); par contre, 32% ont l’impression d’être seuls dans la vie (dont 9 très), et 28% disent que ce qui se passe dans le monde autour d’eux n’a pas réellement beaucoup d’impact sur leur vie (dont très 4%).

 

D’ailleurs selon les répondants, les gens ont la possibilité de choisir leur vie (58% dont très 14, mais en baisse au regard de la moyenne 2009-2016 avec 67%) et même changer la société par leurs actions (74% dont très 23, en baisse plus légère, 68%). La baisse est sans doute à lier avec l’opinion sur la situation économique (60% pensent que la situation s’est dégradée, +23 points).

66% estiment avoir réussi dans la vie (dont 25% avec une note de 8 à 10, 15% une note de 6) et 12% pas réussi. Pour 49% la réussite est meilleure que celle de leurs parents et pour 24% moins bonne. Pour leur avenir, 30% estiment qu’il sera meilleur qu’actuellement et 33% moins favorable (noter que 21% ne se prononcent pas). Quant aux jeunes d’aujourd’hui, 6% des répondants estiment qu’ils auraient plus de chance, 39% autant et 58% moins de chance.

 

La prise de risque est moyennement sollicitée : 37% estiment que prendre des risques est difficile, 37% ni facile, ni difficile et 24% facile. La prise de risque est plus facile quant aux choix politiques (38%), voire dans la vie professionnelle (28%); elle l’est nettement moins en ce qui concerne les questions financières (19%) et la santé (18%).

 

⇒ La confiance dans les institutions politiques

 

Le local précède de loin le national : d’abord le conseil municipal (54% ont confiance), puis le conseil départemental (43) et le conseil régional (41), puis nettement moins  l’Union Européenne (28), le sénat (26), la présidence (23), l’assemblée nationale (23), le gouvernement (22), et les grandes conférences internationales (19).

En termes de fonctions, les maires sont les plus appréciés (58%), avant les conseillers départementaux et régionaux (38 et 36), devant le député (31), le Premier ministre (25), le Président de la République (23) et les députés européens (23); les 3 derniers s’inscrivent pour 37 à 53% dans pas de confiance du tout vs 16 à 28% pour les autres. Tous, hors les maires, connaissent une nette érosion, notamment depuis 2009.

Pour 70% (dont 31% pas bien du tout) la démocratie ne fonctionne pas très bien, bien que 53% disent s’intéresser à la politique; d’ailleurs pour 57% la politique n’est pas affaire de spécialiste.

 

Le niveau de confiance dans les grands acteurs : un fort niveau de confiance dans les structures « proches » des citoyens (grands acteurs publics, PME, associations).

 

-Institutions publiques : hôpitaux (78%), armée (74%), police (74%), école (69%), sécurité sociale (65%), mais justice (44%),

-Les entreprises : PME (78%), mais  grandes entreprises publiques (40%), grandes entreprises privées (36%),

Les organisations de personnes pour promouvoir et défendre : associations (63%), les syndicats (27%),

-Autres : L’Église catholique (38%), les banques (27%), les médias (23%), les réseaux sociaux (13%), les partis politiques (9%).

 

La confiance envers les statistiques traitant du sociétal, de l’économique est minoritaire (33 à 46%), 30 à 39% ne faisant plutôt pas confiance et 18 à 27% pas du tout confiance.

 

⇒ Le rapport à la politique :

 

-Le positionnement politique des répondants (en tendance) : de droite (35% dont extrême droite 8), de gauche 24% (dont extrême gauche 5), du centre (17%); 24% ne se prononcent pas. Noter que les extrêmes sont en baisse (extrême gauche, de 9 en 2016 à 5 et extrême droite de 13 à 8), alors que la droite modérée progresse de 3 points et ceux qui ne se prononcent pas de 7 points.

71% (vs 52 à 65% entre 2009 et 2016) ne font confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays. Pour 73% les notions de droite et gauche ne veulent plus rien dire.

Pour 53%, les citoyens n’ont plus besoin aujourd’hui des partis politiques ou des syndicats pour exprimer leurs demandes.

 

-81% expriment des sentiments négatifs à l’égard de la politique: 37% parlent de méfiance, 32% de dégout, 8% d’ennui, 4% de peur

 

Sans doute parce que les responsables politiques sont :

*déconnectés de la réalité et ne servent que leurs propres intérêts (74%), d’où le propos sur l’honnêteté (62% et en premier 33); 72% pensent que les élus et dirigeants politiques sont plutôt corrompus,

* Ils parlent des problèmes de manière trop abstraite (74%); il faudrait qu’ils soient proches des gens (33% et 18 en premier),

*Il faudrait qu’ils tiennent leurs promesses (44% et 21),

* et qu’ils soient à la hauteur de leur fonction ( 35% et 18) et connaissent bien leurs dossiers (24% et 9).

 

85% (50% pas du tout) affirment qu’ils ne se préoccupent pas des gens, une constante depuis 2009 (date des données disponibles dans la publication du sondage). D’où le fait que 63% ne font pas ou peu confiance au gouvernement pour prendre les bonnes décisions, et le fait que 70% n’aient pas confiance en L’État pour ce faire, étant conduit pour 74% par l’intérêt de quelques uns.

 

Les responsables politiques devraient prendre l’avis du plus grand nombre de citoyens avant de décider (75% dont en premier 49), s’entourer d’experts compétents pour les conseiller (66% dont 31), et seulement 33%  passer des compromis pour éviter les conflits ou à l’inverse, prendre ses décisions sans tenir compte des critiques (19%). C’est qu’un gouvernement devrait changer ses projets politiques en fonction de ce que la plupart des gens pensent (73%).

 

Et à un autre endroit dans le questionnaire sur la façon idéale de gouverner le pays :

 

*Il est important en démocratie que les différents partis proposent des alternatives politiques claires (84%),

*La démocratie peut poser des problèmes, mais c’est quand même mieux que n’importe quelle autre forme de gouvernement (80%),

Sachant que les démocraties ont du mal à prendre des décisions,il y a trop de disputes (64%),  les démocraties ne savent pas bien maintenir l’ordre (44%), en démocratie, le système économique fonctionne mal (41%),

 

*Que ce soit les citoyens et non un gouvernement qui décident ce qui leur semble le meilleur pour le pays  (56%). C’est aux citoyens de prendre les décisions et pas au gouvernement qui doit seulement les exécuter (48%),

La démocratie fonctionnerait mieux en France si les députés étaient en fait des citoyens tirés au sort (43%),

Les citoyens devraient pouvoir imposer un référendum sur une question à partir d’une pétition ayant rassemblé un nombre requis de signatures (72%) et Il devrait y avoir des référendums sur la plupart des questions importantes (70%),

 

*Que ce soient des experts et non un gouvernement qui décident ce qui leur semble le meilleur pour le pays (50%),

 

*Avoir à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections (35%) ou que l’armée dirige le pays (15%)

 

⇒ Des constats exprimés

 

– Du coté de la participation démocratique :

*« La France est une République où tout le monde a le droit de s’exprimer comme il l’entend même si cela déplaît à certaines communautés  » 75% dont tout à fait 27,

*55% (tout à fait 20) se disent prêts à participer à une manifestation pour défendre leurs idées (un chiffre assez constant, entre 50 et 60% pour la période 2009-2017).

*Les moyens jugés les plus efficaces pour influer sur les décisions sont la manifestation, dans la rue qui monte en puissance face au vote qui chute :

-les répondants priorisent le vote aux élections (55% dont en premier 41, mais en baisse 58 à 67 dans la période 2009-2017),

-puis manifester dans la rue (42, dont 20, en nette hausse 23 à 31 dans la période 2009-2017),

-et par ailleurs de façon plus classique boycotter des entreprises ou des produits (37 dont 15), faire gréve (27 dont 9), militer dans un parti politique (8 dont 2), discuter sur internet (5 dont 1).

 

-Du coté des grands problèmes actuels

 

L’école

*Pour 59% l’école devrait donner avant tout le sens de la discipline et de l’effort et pour 37% devrait former avant tout des gens à l’esprit éveillé et critique

*De nos jours les parents n’ont plus aucune autorité (69%)

 

L’immigration

*Il y a trop d’immigrés en France  (60%)

*En matière d’emploi, on devrait donner la priorité à un Français sur un immigré (53%)

*les enfants d’immigrés nés en France ne sont pas vraiment Français (38%)

 

L’Islam

*Une menace pour la république (60%)

*L’immigration est une source d’enrichissement culturel (53%)

 

Autres

*Pour établir la justice sociale, il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres (69% dont 28% tout à fait)

*La France est constituée de communautés ayant des droits qu’il faut respecter même s’il faut limiter certaines libertés (59%)

*Il faudrait réduire le nombre de fonctionnaires (48%)

*Il faudrait autoriser la procréation médicale assistée pour les femmes seules ou homosexuelles (48%), et Il faudrait supprimer la loi autorisant le mariage homosexuel (23%, 49 n’étant pas du tout d’accord, le plus fort taux pour les différents items)

*Aujourd’hui pour assurer leur avenir professionnel les jeunes ont intérêt à quitter la France (47%)

*Il faudrait rétablir la peine de mort (46%)

*S’ouvrir davantage au monde d’aujourd’hui (23%), vs se protéger davantage (38%)

*La science apporte à peu près autant de mal que de bien (47%), plus de bien que de mal (38%), et seulement 13% plus de mal; les chercheurs et scientifiques sont des gens dévoués qui travaillent pour le bien de l’humanité (79%); mais le bon sens est souvent plus utile que les connaissances scientifiques (64%)

 

-Du coté de l’économie

*L’économie actuelle profite aux patrons aux dépens de ceux qui travaillent (72% dont en premier 34),

*Que l’État fasse plus confiance aux entreprises et leur donne plus de liberté (51%),

*Pour que les patrons n’aient pas peur d’embaucher, ils devraient avoir plus de facilité pour licencier (35 dont 8), mais 44% que L’État les contrôle et réglemente plus étroitement,

*65% actent pour une amélioration de la situation des salariés (52 en décembre 2016), avant la priorité donnée à la compétitivité (31%, mais 45 en décembre 2016),

*49% souhaitent que le systéme capitaliste soit réformé en profondeur, et 41% que quelques améliorations soient apportées,

*46% les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment.